Le Référentiel général d’écoconception de services numériques ne se limite pas au poids des pages. Il interroge l’utilité du service, sa durée de vie, ses contenus, son architecture, son hébergement et les moyens consacrés à son amélioration. Un audit sérieux mobilise donc plusieurs métiers.

L’objectif n’est pas de cocher rapidement une liste, mais de rendre les décisions vérifiables et de construire un plan de réduction. Cette démarche complète une prestation d’écoconception web et évite de réduire la responsabilité numérique à un score unique.

Comprendre la portée du RGESN

La version 2024 du référentiel a été élaborée par l’Arcep et l’Arcom avec l’ADEME. Elle couvre le cycle de vie du service et vise notamment à réduire les ressources informatiques, énergétiques et la contribution à l’obsolescence des équipements.

Le RGESN fournit des critères et des moyens de vérification. Il ne transforme pas automatiquement une autoévaluation en certification. Le rapport doit préciser le périmètre, la méthode, les preuves et les limites.

Définir précisément le service évalué

Indiquez les domaines, applications, versions, parcours et publics inclus. Un site institutionnel, son extranet et ses campagnes peuvent partager une marque tout en reposant sur des systèmes différents. Sans périmètre, un pourcentage de conformité ne signifie rien.

Choisissez aussi la période et les environnements observés. Documentez les services tiers, car ils participent à l’expérience et aux ressources mobilisées même lorsqu’ils ne sont pas développés par l’organisation.

Réunir les métiers et attribuer les preuves

Direction, produit, design, contenu, développement, infrastructure, achats et protection des données détiennent chacun une partie des réponses. Attribuez un responsable à chaque famille de critères et un espace commun aux justificatifs.

Une preuve peut être une décision de cadrage, une mesure, une configuration, un test ou une procédure. Une affirmation comme « images optimisées » n’est pas suffisante si aucun format, seuil ou contrôle n’est défini.

Commencer par l’utilité et les besoins réels

Le référentiel place l’utilité en amont. Identifiez le service rendu, les bénéficiaires, les fonctions peu utilisées et les alternatives plus simples. Une fonction supprimée évite conception, développement, transfert et maintenance pendant toute sa durée de vie.

Cette analyse doit rester concrète. Mesurez l’usage lorsque c’est possible et interrogez les personnes concernées. Ne justifiez pas une fonctionnalité uniquement parce qu’elle existe déjà.

Évaluer sans confondre non applicable et non conforme

Un critère est non applicable lorsque le service ne possède réellement pas l’élément concerné, par exemple une vidéo. Il est non conforme lorsque l’élément existe mais que l’exigence n’est pas satisfaite. La justification doit permettre à un tiers de comprendre la décision.

Utilisez également un état « non évalué » tant que la preuve manque. Forcer une réponse positive produit un tableau flatteur mais inutilisable pour piloter les améliorations.

Croiser l’audit documentaire avec des mesures

Certaines décisions se vérifient dans les documents ; d’autres exigent des tests sur plusieurs parcours. Mesurez poids, requêtes, scripts, images, cache, performance et comportement sur appareils modestes. Contrôlez aussi la capacité à utiliser le service au clavier et avec une connexion contrainte.

Le calculateur d’impact web offre une première estimation, mais il ne remplace pas un audit multicritère. Le protocole de mesure est détaillé dans l’article sur l’empreinte carbone d’un site.

Prioriser par impact, effort et dépendances

Toutes les non-conformités ne se corrigent pas dans le même ordre. Évaluez l’effet attendu, l’effort, le risque utilisateur et les dépendances. Retirer un service tiers inutile peut être rapide ; changer un modèle de données demande une planification plus longue.

Regroupez les actions par lots cohérents : règles éditoriales, composants, infrastructure, mesure et gouvernance. Désignez une échéance et une personne responsable, sans quoi le rapport restera une photographie.

Transformer les critères en règles durables

Ajoutez des limites dans le design system, les outils de publication et l’intégration continue : dimensions d’images, nombre de variantes de police, budget JavaScript, composants accessibles et contrôle des services tiers.

Les principes d’écoconception ALT255 illustrent cette continuité entre cadrage, réalisation et maintenance. Une règle automatique doit toutefois rester accompagnée d’un jugement sur l’utilité.

Publier une déclaration transparente

Présentez le périmètre, la date, la méthode, les résultats et les actions prévues. Évitez les formulations absolues comme « site écologique ». Une déclaration utile reconnaît les limites et explique ce qui sera réévalué.

Mettez-la à jour lors d’une refonte, d’un changement d’hébergement ou de l’ajout d’une fonctionnalité majeure. L’audit devient ainsi un outil de pilotage plutôt qu’un événement ponctuel.

Du diagnostic à la trajectoire

Un audit RGESN réussi ne se mesure pas au nombre de cases vertes mais à la qualité des décisions qu’il déclenche. Il relie utilité, preuves, responsables et calendrier.

Pour établir ce diagnostic sur un périmètre réel, la page écoconception web présente l’accompagnement proposé par ALT255, depuis le cadrage jusqu’au suivi des améliorations.

Exemple de fiche de non-conformité exploitable

Une fiche utile contient le critère, le périmètre observé, la preuve, le risque, la proposition et la personne responsable. Par exemple, plutôt que « images trop lourdes », notez les gabarits concernés, le poids médian, l’absence de formats adaptés et la règle éditoriale attendue.

Reliez les constats qui possèdent une cause commune. Une mauvaise gestion des médias peut affecter performance, accessibilité, stockage et durée de vie. Une action sur le modèle de contenu aura alors plus d’effet que la correction manuelle de quelques pages.

Questions fréquentes sur l’audit RGESN

Le RGESN concerne-t-il uniquement les sites publics ?

Non. Le référentiel vise les services numériques et peut guider entreprises, associations et acteurs publics, avec un périmètre adapté à leur service.

Un bon score suffit-il à parler d’écoconception ?

Non. Il faut publier la méthode, les limites et les preuves. Un score agrégé peut masquer des critères prioritaires ou non évalués.

À quelle fréquence refaire l’audit ?

Après un changement majeur et selon un rythme défini par l’organisation. Un contrôle annuel peut servir de repère, complété par des vérifications continues.

Relier l’audit aux achats et aux projets futurs

Les critères doivent influencer les prochains cahiers des charges : transparence de l’hébergeur, réversibilité, limitation des tiers, budgets de ressources et documentation. Une non-conformité récurrente indique souvent une règle d’achat ou de gouvernance absente.

Intégrez les exigences aux critères de recette et demandez les preuves au moment du projet. Les vérifier uniquement après livraison réduit fortement la marge de correction.

Sources et références